Auditez ce qui marche, avant ce qui ne marche pas. Une refonte change deux cents choses d'un coup : si vous ne savez pas lesquelles rapportaient, vous ne saurez pas ce que vous avez cassé.
Nous connaissons la tentation de l'intérieur. Quand notre agence a lancé la refonte de son propre site, la note qui ouvrait le projet prenait déjà ses précautions :
« il n'est pas constructif pour un DA d'avoir 24 personnes qui commentent une maquette ».
Sur un site marchand, l'audit joue ce rôle de garde-fou, en mettant les chiffres sur la table avant que les avis ne s'y installent.
Le repère
L'audit prend la forme d'un inventaire en trois colonnes (à garder, à corriger, à reconstruire). Il couvre les pages qui font le chiffre d'affaires, les adresses qui reçoivent du trafic, les fonctions que vos client·e·s utilisent vraiment, les applications et le suivi de mesure. Il s'accompagne d'une mesure de départ relevée sur huit semaines propres du site actuel.
Cette année, ces huit semaines posent un problème de calendrier. Shopify a changé sa façon de compter les sessions entre le 21 et le 23 septembre 2026, et sa page d'aide demande de prendre les données postérieures comme nouvelle base de comparaison.
Comptées à partir du 24 septembre, huit semaines mènent au 18 novembre, neuf jours avant le Black Friday du 27 novembre. Si votre nouveau site doit sortir en janvier ou en février, c'est votre seule fenêtre propre, et elle est déjà ouverte.
La règle
Ne lancez pas de refonte sans mesure de départ, ni sans une liste écrite de ce qu'il est interdit de dégrader. À copier, puis à réécrire avec vos propres chiffres :
Période relevée : du 24 septembre au 18 novembre 2026, sessions comptées selon la règle Shopify de septembre 2026.
1. Le taux d'ajout au panier des cinq fiches produits qui font le plus de chiffre d'affaires.
2. Le chiffre d'affaires des pages qui reçoivent le trafic de recherche.
3. La vitesse mobile des gabarits fiche produit et collection.
Revue à deux semaines, puis à six semaines après la mise en ligne.
Ce document tient sur un écran. Il vous donne aussi la phrase à dire à votre direction avant le premier atelier :
« Nous savons ce que le site actuel rapporte et où ; la refonte sera jugée sur ces trois lignes. »
Les étapes
- Les gabarits. Classez-les par chiffre d'affaires et par taux de conversion.
- Les adresses. Relevez les pages qui captent le trafic de recherche, puis cherchez celles qu'aucun outil de recherche ne voit : les QR codes imprimés sur vos emballages, les liens de vos emails automatiques, ceux des créateur·rice·s avec qui vous travaillez, les pages d'arrivée de vos publicités. Ces liens-là cassent sans bruit, et Shopify ne redirige une ancienne adresse que si elle renvoie une erreur 404.
- Les fonctions. Listez celles que vos client·e·s utilisent : la recherche, les filtres, la commande en un geste, les alertes de retour en stock.
- Les applications et les scripts. Inventoriez-les avec leur raison d'être, et notez qui les a installés.
- Le point de départ. Relevez vos chiffres sur la fenêtre décrite plus haut, avant que les promotions de novembre ne les déforment.
Le piège
Le plus courant consiste à refaire le site parce qu'il a quatre ans, un critère qu'aucun rapport ne mesure. Décidée au goût, la refonte remplace souvent une page qui convertissait par une page qui plaît au comité.
L'autre piège tient au jour du lancement. En discutant des conditions d'un projet, une cliente nous disait :
« bien sûr que le site mis en ligne doit être parfait ».
Nous voulions la même chose qu'elle, et nous savions aussi qu'il y a presque toujours des corrections dans les semaines qui suivent.
Prévoyez un budget pour cette période, et gardez votre liste sous la main pour savoir quoi corriger en premier.